Renato Häusler: du guet de la Cathédrale à l’art de la Lumière
Renato Häusler entretient avec la Cathédrale de Lausanne une relation exceptionnelle, façonnée durant près de quatre décennies. Dès 1987, il y officie comme remplaçant du guet avant d’en devenir le titulaire en 2002, perpétuant jusqu’en 2023 cette tradition lausannoise attestée depuis 1405 : chaque nuit, depuis le beffroi, annoncer les heures à la ville aux quatre points cardinaux.
Bien davantage qu’un métier, cette fonction lui offre une relation intime avec la Cathédrale, son silence, sa pierre et ses lumières. C’est d’ailleurs au cours de l’une de ces veilles nocturnes que naît son aventure artistique. Traversant la nef, lanterne à la main, Renato observe la flamme révéler progressivement les volumes de l’architecture gothique. Une idée s’impose alors : faire dialoguer la musique, la pierre et la lumière vivante des bougies.
Cette intuition prend forme en 2005, à la Cathédrale de Lausanne, avec le premier Chœurs de Lumière. Plus de deux mille bougies transforment alors l’édifice et donnent naissance à une approche scénographique profondément originale. Cybel’Art soutient déjà cette première aventure, point de départ d’une relation d’amitié et de confiance avec Renato Häusler qui se poursuivra durant près de vingt ans.
De cette expérience naît Kalalumen, littéralement la « belle lumière ». Au fil des années, Renato Häusler développe un langage qui lui est propre : la bougie n’est plus simplement un éclairage, mais devient un véritable acteur de la dramaturgie musicale. Elle accompagne une respiration, révèle une voûte, souligne un silence ou fait progressivement surgir tout un édifice de l’obscurité.
Parmi toutes les œuvres qui nourrissent son imaginaire, une occupe une place particulière : la Neuvième Symphonie de Beethoven. Renato en mûrit la mise en lumière pendant plus d’une décennie, l’écoutant près de deux cents fois afin d’en saisir chaque tension, chaque progression et chaque respiration.
En octobre 2025, à l’occasion du 750e anniversaire de la Cathédrale de Lausanne, ce rêve trouve enfin son accomplissement : faire de l’un des plus grands monuments de Beethoven une immense partition de lumière, portée par plusieurs milliers de flammes et par le message universel de fraternité de l’Ode à la joie.